Le présent et l’avenir du basque, à travers un diagnostic
Ce livre s’adresse à toutes celles et ceux qui veulent comprendre où en est aujourd’hui la langue basque, qu’ils soient militants, sympathisants ou simplement curieux.
Esnatu ala hil dresse un portrait clair de la situation actuelle de l’euskara, héritière des grandes dynamiques de revitalisation amorcées dans les années 1960. Le mouvement qui a notamment permis la création de l’euskara batua arrive aujourd’hui à un moment charnière : les effets les plus visibles de cette vague commencent à s’essouffler.
L’ouvrage s’appuie sur la thèse de doctorat d’Iñaki Iurrebaso, consacrée aux outils démolinguistiques permettant d’analyser le maintien, le remplacement et la revitalisation des langues minorisées, appliqués au cas du Pays Basque. Cette recherche, ainsi que le livre publié par Garikoitz Goikoetxea sous le même titre, ont été retravaillés, actualisés et rendus accessibles afin de toucher un public bien plus large que le seul monde universitaire.
Une idée centrale, particulièrement éclairante, ressort de l’analyse : on entend souvent dire que le principal problème du basque est son manque d’usage. Or, lorsque l’on examine les possibilités réelles de parler basque et la facilité avec laquelle les locuteurs passent du basque aux langues dominantes, le constat est tout autre. En réalité, l’usage du basque est élevé même supérieur à ce que l’on pourrait attendre compte tenu des contraintes sociales et des logiques de confort linguistique. Autrement dit, les locuteurs utilisent le basque autant, voire plus, que ce que leur environnement leur permet.
C’est précisément ce renversement de perspective que le livre cherche à provoquer. Plutôt que de s’appuyer sur des idées reçues, il propose un diagnostic lucide de la situation actuelle de la langue autour de trois axes : les compétences linguistiques, les usages et l’attachement au basque. À partir de là, les auteurs esquissent les orientations possibles pour sortir d’une situation marquée depuis longtemps par une forme de stagnation et de fatigue collective. Selon eux, l’enjeu n’est pas tant de pousser les individus à « faire plus d’efforts » au quotidien, que de créer de nouveaux espaces et contextes où l’usage du basque devient naturellement possible.
Pour illustrer cette dynamique, le livre utilise l’image d’une personne qui monte sur un escalator qui descend. En avançant au même rythme, elle reste sur place ; si elle se fatigue, elle recule. Le moment est donc venu de repenser la manière d’avancer, afin de continuer à progresser sans s’épuiser davantage.
Malgré un titre qui peut sembler alarmant, Esnatu ala hil défend une approche résolument constructive et tournée vers l’avenir. Sans minimiser les difficultés, le livre cherche aussi à faire émerger des raisons d’espérer. Plutôt que de fixer le regard sur la pente qu’il reste à gravir jusqu’au sommet, il invite à avancer ensemble, pas à pas, en s’appuyant sur les forces collectives existantes et en gardant le rythme.